- Georges HERADY
- 2025-12-22 07:42:21
Au Maniema, 15 activistes environnementaux de l’organisation de la société civile environnementale croupissent en prison depuis novembre 2024. Leur crime, c’est d’avoir osé dénoncer l’exploitation illégale du bois rouge dans cette province du Centre-Est de la RD. Congo. Condamnés et transférés à la prison centrale, leur appel est resté lettre morte. Pendant ce temps, les trafiquants, eux, circulent librement dans la nature. Face à cette injustice flagrante, la société civile environnementale tire la sonnette d’alarme devant le danger que courent ses militants ainsi que les forêts du Maniema livrées en pâture, sans défense face aux pillages.
Dans le contexte de la guerre d’agression dont est victime la RDC et qui déstabilise le pays tout entier ; le trafic forestier bat aussi son plein dans la province du Maniema. Des réseaux maffieux des trafiquants incontrôlés opèrent discrètement dans les forêts à la recherche de bois rouge, souvent réputé tant pour sa haute valeur économique, sa rareté que ses utilisations haut de gamme. Ces trafiquants, souvent protégés par on sait qui, utilisent tous les moyens à leur disposition pour faire taire ceux qui osent les dénoncer. Tel est le cas de ces 15 militants écologistes qui croupissent en prison depuis plus de deux mois pour avoir tout simplement pris le courage de dénoncer ces activités illégales dans cette partie du pays. Et ce, malgré les nombreuses tentatives de s’opposer au jugement rendu à leur encontre.
En effet, c’est depuis le mois de novembre de l’année écoulée que ces militants, appartenant à la SOCEARUCO, une plateforme de la société civile environnementale, ont été condamnés à six mois d’emprisonnement par le tribunal de Kasongo et, contraint au paiement d’une amande de 5 000 dollars américains ainsi que 50 000 dollars de compensation pour pertes et dommages, pour avoir dénoncé la coupe et l’abattage de bois rouge, comme l’a confirmé Josué Aruna, cadre de cette même organisation. A l’en croire, il s’agit d’une peine inquiétante, qu’il considère « injuste », étant donné que les faits dénoncés concernent une question aussi importante que la protection de l’environnement et ; que les acteurs poursuivent tranquillement leurs activités malgré les crimes environnementaux qu’ils sont en train de commettre dans les forêts des communautés autochtones du territoire de Kabambare.
Selon toujours Josué Aruna, des campagnes ont été menées jusqu’à ce que cette espèce de bois soit inscrite sur la liste de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) et que des permis d’exploitation soient délivrés. Toutes fois, d’après les médias locaux, le ministère de l’environnement a levé l’interdiction en novembre 2023. Cela a permis à ces opérateurs et trafiquants d’opérer en toute tranquillité. Ainsi, plusieurs acteurs soulignent à plusieurs reprises que l’Etat congolais est inactif et ses agissements s’apparentent parfois à une complicité dans cette affaire. « Ces opération sont facilitées par la corruption à tous les niveaux, et le bois est exporté sans aucun mécanisme de traçabilité internationale », soutient Josué Aruna. Et de poursuivre : « De nombreux courriers ont été adressé aux autorités provinciales et nationales, notamment au ministère de l’environnement, pour dénoncer la déforestation massive menée par des réseaux de trafiquants soutenus par des acteurs influents. Malgré ces rapports, aucune réponse concrète n’a été apportée, laissant place à un silence complice »
Tout porte à croire que ces opérateurs, bénéficiant de la protection de certaines autorités locales, notamment les députés provinciaux, les magistrats et les tribunaux, sont en mesure de poursuivre leurs activités illégales. Parmi eux, Moïse Birigimana Zigrarhuke, identifié comme l’un des principaux responsables du trafic de bois, ne cesse d’apporter des engins lourds pour forcer l’entrée des forêts. Des poursuites judiciaires ont été engagées contre les écologistes après qu’ils aient saisi les biens de Moïse Birigimana.
Cependant, les sociétés d’exploitation sont difficiles à identifier car elles utilisent parfois des émissaires. Elles-mêmes, restent stationnées dans les pays voisin et se contentent de ces émissaires qui entrent et organisent des réseaux de commerçants locaux – congolais et autres locaux qui abandonnent leur ancien métier pour en exercer un second. Un rapport de 2020 fait état de la traçabilité de ces bois (vers l’Ouganda et le Burundi), comme le témoignage l’activiste de la société civile environnementale, Josué Aruna.
En outre, le verdict pour ces 15 activistes soulève de nombreuses interrogations sur l’état de la justice congolaise, qui semble davantage servir les intérêts des exploitants illégaux plutôt que de protéger les défenseurs de l’environnement. La condamnation des écologistes envoie un signal inquiétant aux militants qui luttent pour la préservation des ressources naturelles du pays. Pendant ce temps, les forêts du Maniema continuent d’être pillées, menaçant non seulement la biodiversité locale, mais aussi l’équilibre écologique mondial. Cette situation met en péril les moyens de subsistance des communautés autochtones qui dépendent de ces forêts pour leur survie.
Face à cette injustice, les organisations de la société civile et les défenseurs des droits humains appellent à une mobilisation nationale et internationale pour obtenir la libération immédiate des écologistes emprisonnés et exiger des sanctions concrètes contre le trafic de bois rouge. Ils exhortent le gouvernement congolais à mettre fin à l’impunité dont bénéficient ces réseaux criminels et à renforcer les mécanismes de protection des activistes environnementaux. A l’heure où la RDC s’engage sur la scène internationale en faveur de la lutte contre le changement climatique, l’inaction face à ce pillage systématique jette un discrédit sur ses engagements en matière de conservation des forêts du bassin du Congo.